Université du temps libre du Pays de Dinan

Inventaire du patrimoine

Inventaire du patrimoine du Pays de Dinan


Voir notre site : Inventaire du patrimoine du Pays de Dinan
Le mardi 18 octobre, le mercredi 23 novembre et le mardi 6 décembre
pour l'étude des communes de Saint Judoce, de Saint Juvat et d'Évran
Dessin d’un paysage avec une croix
Séances gratuites
* M. Roger Aulagnier *
06-77-60-60-07 - roger.aulagnier@wanadoo.fr

PRÉSENTATION

Réalisé par le groupe d'études "Inventaire du Patrimoine" de l’Université du Temps Libre (UTL) du Pays de Dinan.
En relation avec le Service Régional de l'Inventaire Bretagne de la Direction Régionale des affaires Culturelles (DRAC).

Plan du document

1 Introduction

Nous avons la chance d'être dans une région où le petit patrimoine est encore présent. mais pour combien de temps encore? Depuis quelques années un groupe d'études s'est investi dans l’inventaire des croix et calvaires du Pays de Dinan. Ce travail s’effectue en relation avec la D.R.A.C (Direction Régionale des Affaires Culturelles - Ministère de la Culture ). Le but est de recenser toutes les croix existantes ou disparues. Ce travail est maintenant terminé sur les deux cantons de Dinan, ainsi que sur d'autres communes comme Mégrit, Le Gouray, Guenroc, Guitté et Saint Maden. Actuellement ce travail continue sur les autres cantons de Dinan.
L'idéal est de l’étendre à l’ensemble des communes du Pays de Dinan. Ces croix sont en effet une part importante du patrimoine religieux, artistique et historique de la région, qu’il faut conserver, faire connaître et mettre en valeur. Un grand nombre de croix anciennes ont disparu au cours des deux derniers siècles. Celles qui restent ont parfois été déplacées au hasard des modifications des routes. Certaines sont totalement ignorées dans des sites négligés. Ces disparitions sont dues à la révolution, aux guerres, au remembrement, aux tempêtes, au vieillissement notamment des croix en bois ou encore à l’indifférence.

2 - Notre travail

Ce travail demande beaucoup de temps et peu de moyens matériels.
Ce que nous faisons :
Carte à petite échelle Pour chaque commune, aux limites surlignées sur la carte IGN au 1/25000ème, nous repérons les croix déjà répertoriées. Puis nous allons prospecter sur le terrain car un bon nombre de croix ne figurent pas sur les cartes. Sur le terrain il peut être utile de prendre contact avec les mairies qui nous permettent de consulter le cadastre, de nous diriger vers les associations de sauvegarde du patrimoine ou vers les personnes connaissant bien l'histoire de la commune. Il faut donc se livrer à une visite très complète de chaque commune car il arrive que de petites croix disparaissent sous les broussailles. Ces visites sur le terrain permettent aussi de découvrir un autre volet du petit patrimoine comme les fontaines, lavoirs, fours et autres pigeonniers. Chaque croix ayant été repérée est localisée très précisément à l’aide des coordonnées Lambert. Nous prenons le maximum des mesures (hauteur, largeur épaisseur, section). Ensuite deux à trois photographies sont prises sous divers angles. Enfin nous cherchons une datation et historique du monument si cela nous est possible.
carte Pour chaque commune un dossier est constitué en quatre exemplaires (un pour UTL, un pour la DRAC; un pour la mairie et un pour archives personnelles) ce dossier comprend un état récapitulatif de toutes les croix, une carte IGN au 1/25000ème avec la localisation des croix, une fiche descriptive (modélisée par la DRAC) avec photographies et dessin pour chaque édifice. Il a été décidé de classifier les croix en quatre groupes:
Groupe A : Les grandes croix et calvaires telles celles dites de Mission, celles des cimetières et celles dites de Hernot du nom des ateliers Y. Hernot à Lannion.
Groupe B : Les petites croix de moins d’un mètre de haut.
Groupe C : Les croix plus hautes de forme latine et de moins de trois mètres de haut.
Groupe D : Les croix particulières comme les nimbées, les toitées ou trèflées

3 - Conclusion et Intérêts de l'Inventaire

Le service Régional de l’inventaire Bretagne a besoin de notre travail de "fourmis" qui constitue une première étape pour la mise en fiches du patrimoine local. Il ne doit pas manquer beaucoup de croix présentes actuellement dans notre inventaire.
L’inventaire est réalisé périodiquement et constitue une référence ponctuelle pour l’histoire du patrimoine.
Nous nous sommes rapidement rendu compte à quel point ce petit patrimoine était cher au cœur des habitants voisins; et quand ils étaient indifférents, à nous voir mesurer, photographier, observer les croix, ils ont compris l’intérêt qu’il y avait à les conserver et même les mettre en valeur.
L’inventaire exige de la rigueur dans les mesures, la localisation, la description. Il faut être aussi complet que possible: la carte IGN n’indique qu’environ un quart des croix existantes et, parmi elles, certaines ont disparu à l’occasion de remembrement, de modifications de tracé de routes, d’appropriation abusives de terrains, de tempêtes ou tout simplement du vieillissement de croix en bois par exemple.

4 - Intérêt personnel pour les membres du groupe

Il s’agit donc d’une occupation enrichissante par cette précision scientifique qu’elle exige mais aussi par :
- L’exercice de l’observation des richesses architecturales et artistiques qui nous entourent tels les croix, les oratoires, les chapelles, fontaines, fours, souches, de cheminées, linteaux de portes ou de fenêtres.
- Les contacts que nous avons noués avec des personnes savantes et amoureuses de leurs patrimoines.
- L'échange et le respect réciproque que développe le travail de groupe.
- Les connaissances historiques acquises à la lecture d’ouvrage, de revues, de l’approfondissement de l’histoire des croix, de leur rôle ( chemin, carrefour, mission, commémoration....)
L’intérêt de ce travail ne paraît pas évident et pourrait même être lassant. Mais ce petit patrimoine que nous ont légué nos anciens est souvent quasiment ignoré, tombant et sombrant dans l’oubli tout doucement. Qu’en restera-t-il pour les générations qui nous suivront? L’UTL, donc nous, se doit de faire en sorte que ce passé si riche ne disparaisse pas. Notre et votre inventaire doit devenir une sorte de banque de données sérieuse et précise de ce patrimoine. Si les biens matériels finissent par disparaître, qu’il en reste au moins les traces écrites.

5 - Localisation sur une carte IGN au 1/25000 ème

Image animée d'une boussole La graduation des coordonnées Lambert se trouve en bordure des cartes IGN au 1/25000 ème (série bleue). Elle est de couleur noire à l'intérieur du cadre (dans notre région les chiffres varient de 1000 à 1100 en ordonnée et de 240 à 280 en abscisse).
Méthode de localisation :
- Surligner les limites de la commune étudiée
- Tracer 2 ou plusieurs axes de coordonnées zone Lambert en se servant des petits signes + indiqués sur la carte
- Repérer les croix, encercler leur situation
- Mesurer par rapport à l'un des axes tracés avec le plus de précision possible
- Donner les chiffres dans l'ordre: X puis Y

6 - Termes généraux et particuliers utilisés

Planches et Notices
L'Atlas s'étant donné pour but la signalisation de toute croix repérée fut-elle réduite à l’état de vestige, une vignette particulière est consacrée à chacune d'entre elles. Quelques monuments récemment disparus. Quelques autres pour lesquels nous ne possédions aucun document graphique (l’urgence de Ia publication n'ayant pas laissé le loisir d’un complément d'enquête) sont réduits à l’état d’esquisses que le lecteur reconnaîtra aisément.
La vignette rend compte du profil général du monument. Souvent réduit à cause des exigences de la mise en place. Des détails sont esquissés: armoiries, inscriptions, statue du revers, fleurons. Quelques plans au sol permettent de sentir la diversité architecturale de la conception, les plans carrés, étant les plus communs, ont été négligés. Parfois, des plans de croisillons s’ajoutent au plans-masse.
Les croquis, issus de fiches établies sur le terrain, ont parfois bénéficié de l'apport de clichés photographiques.
Les notices sont classées par communes. En italique, brève notule donnant la mention la plus ancienne, l’évêché, le titulaire, les trèves.
Pour localiser des monuments fort dispersés, une norme unique a été adoptée. Chaque croix est située par rapport à un lieu-dit porté sur les cartes IGN au 1/25000. Lorsque ce document comporte un symbole, nous le mentionnons: +. Dans des cas relativement rares, le système de référence nominal est en accord avec la Nomenclature des Hameaux, Ecarts et Lieux-dits du Finistère (INSEE 1954). Le nom du lieu-dit peut être accompagné d’une appellation recueillie auprès des gens de la commune.
Les matériaux sont indiques en abrégé (b: bois, c: ciment, f: fer, fonte, g: granite, k: kersanton, l: logonna, s :schiste).
La hauteur approximative est exprimée en mètres, prenant en compte la taille du monument depuis le sol.
Des restaurations ayant été effectuées sur certains monuments, au cours des siècles, des dates anciennes réinscrites par des restaurateurs qui ont "refait entièrement". certaines croix, les datations sont à considérer avec prudence. La répartition entre haut Moyen Âge (V à Xème siècle) et Moyen Age (XI à XV ème siècle) pourra faire l’objet de révisions ultérieures. Parfois nous avons avancé des datations séculaires plus précises à l’intérieur même des époques précitées.
Le nom du sculpteur est annoncé de cette manière: par Larhantec.
La description du monument commence par le bas. Les inscriptions viennent à leur place après l'élément qui les portent, au niveau où elles se trouvent: socle, fût, croisillon. Elles suivent l'ordre de lecture, quand elles sont sur plusieurs faces d’un élément, la plupart du temps de gauche à droite.

7 - Généralités

Image détaillée d'un calvaire
En visitant la Bretagne, on remarque le petit nombre de grands édifices civils imposants tels les châteaux; nombre comparable à d’autres régions. Cependant le regard est attiré par le grand nombre d’églises, de chapelles et surtout de croix. Que se soit de modestes croix ou des grands calvaires, ces monument sont typiquement bretons.
La Bretagne a toujours été un pays religieux. Son isolement du à Sa situation géographique a permis de conserver ses coutumes et traditions parmi lesquelles les expressions de la foi religieuse. Vraisemblablement le clergé a favorisé l’édification des croix et grands calvaires. Un évêque, Léon Roland De Neufeuille (1562-1623) , se vantait d’avoir fait ériger 5 000 croix dans son diocèse. On peut penser aussi qu’il y a eu des initiatives privées car les occasions d’élever une croix ne manquaient pas.
Pour les petites croix et les petits calvaires l’édification de ceux-ci reposent sur diverses circonstances publiques ou privées. Les constructions publiques sont:
- La signalisation d’une chapelle, d’un oratoire ou d’une fontaine cachée du bord de la route
- La séparation entre deux évêchés (souvent une croix double)
- Un point de repère notamment aux carrefours à l’époque où les panneaux indicateurs n’existaient pas
- Les croix de cimetière
- Les croix rendant la présence et le regard de Dieu omniprésent dans la vie quotidienne
Les constructions à significations plus privées sont:
- La limite d’une proprieté
- La mise sous protection de Dieu de la proprieté
- Les petites croix souvent blasonnées marquant l’entrée d’une allée menant à un château ou un manoir
- La célébration d’un vœu, d’un événement comme une naissance, une mort, un meurtre, un remerciement de guérison (par exemple la Peste) ou l’entrée en religion d’un enfant
Certaines de ces croix et calvaires sont la base de toute une série de contes et légendes.

8 - Historique

L’utilisation de la pierre comme symbole religieux est bien antérieur à l’avènement du christianisme. Les mégalithes ont étaient érigés entre le cinquième et le troisième millénaires avant Jésus-Christ. Les menhirs ont pu servir de repères, de lieux de rassemblement d’où une certaine analogie avec l’implantation des croix. Le culte de la pierre, de même que celui de l’eau, présente une continuité qui s’étend du néolithique à nos jours. Aucune révolution religieuse n’a pu les abolir. Pour nos lointains ancêtres la pierre était une matière vivante nimée par un esprit. Ce culte planétaire va jusqu’à la Nouvelle-Guinée et l’Australie. Les cairns édifiés par les alpinistes sont-ils symboliquement associés à ce culte, pourquoi pas ?
Certains des menhirs ont été détruits soit par le temps, soit par l’homme (défrichage), soit sous l'influence de certaines religions. D’autres ont été christianisés. Il faut dire que nombre de pratiques païennes et superstitieuses avaient lieu près de ces pierres. L’église du dixième siècle a vivement condamné ces pratiques et même ordonné la destruction de ces mégalithes idolâtres. De tels ordres n’étant pas toujours respectés, le clergé a fini par s’approprier ces mégalithes. Des croix ont été dressés près des menhirs ou bien c’est la pierre elle-même qui servit de support à la croix. Toutefois la pratique d’associer croix et menhir ne semble pas antérieur au dix-septième siècle. Ces menhirs christianisés sont la pour rappeler aux gens qu’il n’y a qu’un culte, celui que l’église a institué. Nous pouvons constater qu’il existe une certaine continuité des signes et symboles d’une religion à une autre. La montagne et la pierre tendent vers le ciel, l’eau source de la vie. La pierre dressée et taillée peut évoquer la continuité de la vie au delà de la mort, de la terre on s’élève vers le ciel. La pierre peut aussi marquer le passage sur la terre.
Le plus grand nombre de croix se trouve sur le territoire de l’ancienne église celtique (ancienne Domnonée ). En Bretagne le catholicisme est venu au cinquième siècle avec les moines des Cornouailles, du pays de Galles et même d’Irlande. Ces « saints », des centaines, apportèrent avec la chrétienté la tradition d'ériger des croix, symbole déjà bien ancré dans leur pays.

9 - Différents types de croix

Image des termes généraux utilisés
A) Croix Pattées
On en trouve une présence importante sur l’ancien diocèse de Dol jusqu’à la pointe saint Mathieu. Souvent ce sont des stèles monolithes pouvant atteindre un mètre cinquante de haut. Elles seraient l’origine des autres croix. Elles sont parfois gravées de lignes ou d’un cercle, ce dernier pouvant évoquer la roue solaire, l’éternel retour.
B) Les Croix simples

Ceux sont les plus nombreuses. On les trouvait sur tous les chemins. Elles jalonnent les routes, chemins et autres sentiers reliant les villages, les hameaux, les fermes entre eux. On les retrouve aussi bien sur les anciennes voies romaines que sur les chemins de pèlerinage tel le Tro-Breizh et celui de saint Jacques de Compostelle. Ces croix simples d’aspect fruste et de forme souvent archaïque et irrégulières pourraient appartenir à l’époque romaine. Elles sont généralement monolithique, de forme irrégulière parfois pattées. Le fût en est large mais de faible épaisseur. Elles ne possèdent aucune ornementation.
Dans les croix plus récentes on recense trois catégories. Les croix dites grecques, les croix latines à bras pattés et les latines à bras non pattés.
La première catégorie est peu répandue, on en trouve surtout dans le Morbihan.
La seconde catégorie est plus nombreuse, ces croix faisant couramment entre 2,5 et 3 mètres de haut. Elles n’ont pas de décor hormis parfois un médaillon circulaire au point de jonction entre le fût et les bras transversaux. Dans ce médaillon peut se trouver gravé ou incisé en creux une petite croix pattées; souvenir des templiers?
Ces croix possèdent des bras très courts, souvent elles auraient été taillées dans des menhirs. La troisième catégorie est la plus représentée et date d'entre la fin du XVII et celle du XIX siècle, période où furent érigées nombre de croix. Leurs bras sont plus longs, horizontaux et rectilignes, pouvant s’agrémenter de chanfreins et de moulures. Les croix du XIX ème ont des arêtes rectilignes d’un très bon fini et leur fût est à section carrée antérieurement rectangulaire. Au XVIII èrne la section du fût pouvait être hexagonale ou octogonale la hauteur peut atteindre six mètres. Les fûts à section cylindrique sont de facture plus moderne, ils sont en général lisses mais certains sont crénelés, bosselés ( croix dites de peste érigées à la fin du XVI ème et au début du XVIII siècle).
C) Croix avec l'effigie du Christ

Le Christ n’apparaît pas immédiatement sur les croix. Il faut attendre le XI ème siècle pour qu’il soit figuré. Bien souvent la représentation est l’œuvre d’un artisan local, pas forcément un artiste, dont seule sa foi guidait le marteau et le burin. Les traits sont lourds, grossiers, la tête est ronde et de simples traits gravés représentent les yeux, le nez et la bouche. Les jambes sont droites. L’épaisseur de la représentation est faible.
Au XV ème siècle le sculpteur sur de son talent a su allier qualité et esthétique. Dès le XVI ème siècle on voit apparaître d’autres créations; la sculpture du corps du Christ a un relief plus proche de la réalité, le visage a une expression plus fine du sentiment de douleur. Des ateliers de sculpteurs voient le jour, les principaux se trouvaient à Scaer, Landerneau ou Morlaix. A cette époque une émulation naît entre les villages pour avoir qui les plus belles croix qui les calvaires les plus nombreux, les plus ornés. Ce qui oblige à effectuer des adjonctions de scènes plus ou moins importantes ( jusqu’à 200 personnages) avec symboles religieux, saints locaux, apôtres et autres.
Le choix du matériau intervient également, le schiste et sa structure feuilletée impose un certain usage du ciseau. Le grès permet un travail très fin. Le granit à gros grain n’est pas cohérent donc difficile à travailler et il se conserve mal. La kersantine permet un meilleur ciselé, elle se conserve bien. On la reconnaît à sa couleur anthracite fumé.
Sur une croix simple il peut n'y avoir qu’une ou deux figures, d’un coté le christ de l'autre la vierge marie. Les croix comme les églises sont orientées. Normalement le christ fait face à l’ouest car le deuxième chant de l’évangile selon Saint Luc présente le messie comme le «soleil levant ». Le soleil qui surgit de la nuit est le symbole du christ qui lui surgit de la nuit du tombeau. Le christ crucifié descendu dans la mort regarde donc vers l’occident alors que le chrétien qui prie Jésus regarde vers l’orient, là où le soleil se lève. Sur les croix où la Vierge Marie est figurée elle se trouve au verso du crucifié. Elle porte souvent l’enfant Jésus ou Jésus descendu de la croix. Ces croix et calvaires expriment d’un coté la compassion vis à vis de la mort et de l’autre coté la foi en la renaissance. Cette mort et cette renaissance sont une constante que l’on retrouve sur les croix et calvaires bretons.
Dans les villages une sorte d’émulation a vu le jour pour posséder une plus belle croix ou un plus beau calvaire que le voisin. Le clergé et une certaine aristocratie ont pu contribué à cette inflation. La qualité des matériaux utilisés a permis d’ajouter d’autres figures à celles du Christ il a fallu trouver un moyen de les placer. D’abord une sorte de chapiteau mouluré a été placé en partie supérieur du fût. La croix proprement dite s’élève au dessus de ce plateau. Puis ce rajout a été progressivement élargi pour former des plates-formes de part et d’autres de la croix. Souvent c’est sur ces plates-formes que prennent place la Vierge et Saint-Jean. Parfois les deux archanges St Michel et St Gabriel les remplacent.
L’allongement régulier du plateau va conduire à l’établissement de consoles qui porteront d’autres personnages. Mais bien vite le système sature et se montre insuffisant à loger toutes les figurations d’où la mise en place d’un nouvelle étage de traverse. Très rapidement on arrive donc au type complet de la croix formant un ensemble pyramidale car bien souvent ont été ajoutés les deux larrons sur leurs croix.
Le calvaire devient aussi important que l'église. C'est dans le Finistère que l'on rencontre le plus grand nombre de grands calvaires, principalement dans une zone Morlaix - Brest - Quimper. Les principaux calvaires remarquables sont celui de Saint Thégonnec (1610 ), Guimilliau (1581-1588 ), Plougastel-Daoulas (1602-1604) Pleyben (1632-1650), Tronoen (1450 ) et Plougouven (1554). Le plus important des Côtes d!Armor est celui de Lanrivian (1548).
Le socle de la croix de forme carrée ou rectangulaire est souvent traité en bas-relief. Le thème courant couvrant les quatre faces sont les quatre évangiles ou plus simplement les quatre attributs associés représentant la vision du prophète Ezéchiel. L’aigle symbolise St Jean, l'homme figure St Mathieu, le Taureau représente St Luc et le lion matérialise St Marc. D’autres personnages côtoient le Christ sur sa croix. Souvent les deux larrons sont sur leur croix respective avec une représentation tourmentée de leur corps. Parfois, au dessus du bon larron il y a l’ange qui recueille son âme, tandis qu’un diable s’occupe de celle du mauvais larron, il y a aussi les deux cavaliers. Qui sont ils ? Soit il s’agit de Constantin le libérateur de l’église et de Charlemagne son défenseur ou de St Martin et St George. Ou encore c’est le cavalier du livre des Macchabées terrassant Méliodore. Plus simplement on peut y voir de simples soldats dont notamment St Longin qui de sa lance transperça le flanc de Jésus.
Bien sur un autre personnage fréquent est celui de la Vierge. En Bretagne elle a toujours été très honorée. Sur les croix un peu importantes sa place se trouve sur la console à droite du Christ. On trouve aussi de nombreuses figures secondaires telles les Saintes Femmes, les apôtres, le diable, Dieu, Saint-Jean, Saint-Josepb, Saint Paul et Saint Pierre, Yves ou Madeleine, les rois mages ou des Saint locaux comme Saint Anne ou Saint Eloy. Sur les grands calvaires les scènes représentées sont celles de l’enfance, du baptême, la Passion du Christ et la résurrection.
L’idée de ces compositions si abondantes portent à croire qu’il faut les tenir pour des représentations du mystère au sens propre. Elles traduisent en pierre les mises en scène théâtrales que les auteurs populaires donnaient dans les grandes occasions et dont la coutume demeura longtemps, notamment en Basse-Bretagne. Devant si vivante figuration de personnage on peut sans peine imaginer que le sculpteur a eu la vision très claire d’un défilé devant ses propres yeux.
E) Autres Types de croix rencontrées

On peut citer en autre formes particulières de croix et calvaires les calvaires-chaires, les trinitaires, les calvaires fontaines ou les apostoliques, les croix littorales et les croix à panneau. Ces dernières couvrent une bande de territoire allant des côtes du Penthiève jusqu’au Morbihan, Elles sont très présentes dans les Côtes-d’Armor. Ces panneaux sont des blocs de pierre soit régulière (carrée ou rectangulaire) soit polygonales sur lesquelles se dessinent en relief la croix avec le Christ et d'autres personnages suivant la taille du panneau.

Bibliographie

Titre Auteur(s) Références Dates
Dictionnaire des noms de communes et paroisses des Côtes du Nord Tanguy
Nobiliaire et Armorial de Bretagne (tomes 1 et 2 Pol Potier de Coursy
Sanctuaires croix et fontaines Mathurin Monnier
Quinze promenades autour de Dinan Mathurin Monnier
Châteaux, manoirs et paysages Mathurin Monnier
Panorama d'un beau pays Robidou...
Histoire du pays de Dinan 1789-1815 Abbé Lemasson
Vieilles croix du pays de Dinan Jean Gourbil
Vie des saints en Bretagne Abbé Tresvaux du Fraval
Vie des saints et bienheureux de Bretagne De Garaby
Vie des saints Lobineau
Répertoire des églises et chapelles 1939 Couffon
Dictionnaire de Bretagne Jean Ogé
Les Côtes du Nord Histoire et géographie de toutes les villes et communes du département 1854 Jollivet
Secrets et mystères de la religion Celte Roger Luc Mary
Le guide des calvaires Bretons Gwenc'Han Lescouezec Coop Breizh 1999
Calvaires Bretons Eugène Royer Gisserot 1991
Les calvaires Bretons Stany Gauthier Arthaud 1950
Le patrimoine des communes des Côtes d'Armor Flohic 1998
Histoire de Bretagne Henri Poisson et Jean Pierre Lemat 2000
La Bretagne Féodale XI-XIIème André Chedeville et Noël Yves Tonnerre Ouest France 1987
Vieux Logis - Vieux écrits du Duché de Penthièvre Daniel de la Motte Rouge 1986
Travail de synthèse de l'inventaire des Croix des deux cantons de Dina UTL 2000
Saints guérisseurs de Bretagne Michel Renouard et Nathalie Merrien Ouest France 1994

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